La face noire du Web par Roger-Paul Droit

 

Mille fois par jour, Internet est tour à tour encensé, glosé, scruté, expertisé sous toutes les coutures. Mais il est rare de voir souligner ses zones d’ombre, sa face noire : diffusion massive des haines, du mépris, des incitations à la violence. Pourtant, depuis dix ans, dans le registre de la haine ordinaire, tout a changé.

Roger-Pol Droit

Lu sur …

« On s’étonne d’avoir à le rappeler. Pour le droit français, ce sont là des évidences : contrairement au droit américain, il pénalise les propos racistes, parce qu’ils contreviennent à la dignité humaine, laquelle est au principe même de la démocratie »

La prolifération des sites racistes s’est envolée. La propagande négationniste et néonazie, les imprécations antisémites, les appels au meurtre sont devenus monnaie courante. Islamistes et islamophobes s’en donnent à coeur joie. Les apologies de la domination, de l’homophobie, de la xénophobie, de la misogynie se donnent libre cours dans une concurrence et une émulation consternantes et ignobles. L’historien Marc Knobel, depuis des années, s’est attelé à pister ces dérives et rassemble aujourd’hui ses rapports pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme (1). De quoi s’inquiéter vraiment.

Parce que l’abjection est désormais disponible en direct, sans effort, chez tout le monde. En France, il y a une vingtaine d’années, les torchons porteurs de haine étaient relativement rares. Et surtout localisés. Brochures artisanales, distribuées par des réseaux semi-clandestins, planquées dans des arrière-salles, vendues sous le manteau, les discours meurtriers étaient circonscrits. Pour les trouver, il fallait se décarcasser. On choisissait de s’y vautrer ou non, en connaissance de cause. A présent, d’un seul clic, ils sont partout, accessibles à tous, à la maison, capables de surgir à longueur d’écrans, de pages et de blogs – sans lieu, sans adresse, sans responsable, sans éditeur, sans visage.

Si vous, par hasard, vous en doutiez, faites cette simple expérience : googlez « les juifs sont », « les arabes sont », « les noirs sont », « les jaunes sont »… et voyez les milliers de résultats affligeants obtenus en moins d’une seconde. Et ce n’est encore que l’écume du pire. Car toute la boue du monde est à portée de connexion, grâce à la souplesse des réseaux sociaux, l’efficacité de la viralisation, l’impunité de l’anonymat. Cette marée noire monte dans une sorte d’indifférence générale, quand ce n’est pas de complaisante approbation, alors même qu’elle pollue les esprits, plus réellement et plus insidieusement que jamais.

Pourtant, qui proteste est vite traité de ringard, de dinosaure, de censeur, d’ennemi des libertés ! Car l’idéologie des Anonymous, devenue doctrine quasi officielle du Web, prône une liberté totale, sans limites, sans contrôles, sans délits ni poursuites. Pourtant, mépriser sans temps mort et haïr sans entraves n’est pas tout à fait un progrès. On peut et même on doit refuser qu’absolument tout soit dit, sans discrimination aucune. La libre circulation de toutes opinions, quelles qu’elles soient, n’est pas une règle souveraine. En effet, si le XX e siècle a pu nous apprendre quelque chose, c’est bien que certains mots finissent par tuer. Avant les massacres et les génocides, il y a toujours des phrases, des discours, des exhortations, des insinuations et des vindictes. La haine et le mépris, dans ce qu’ils portent d’inhumain, n’appartiennent pas au droit fondamental de la liberté d’expression. C’est pourquoi les racismes et tout ce qui est du même ordre ne sont pas, ne peuvent pas être, opinions parmi d’autres.

On s’étonne d’avoir à le rappeler. Pour le droit français, ce sont là des évidences : contrairement au droit américain, il pénalise les propos racistes, parce qu’ils contreviennent à la dignité humaine, laquelle est au principe même de la démocratie. Le problème nouveau que pose cette face noire du Web n’est pas seulement celui de la censure inefficace et des poursuites aléatoires contre des sites hébergés aux Etats-Unis en toute impunité.

C’est avant tout celui des digues mentales dont chacun dispose. Plus l’internaute est fragile, moins il est éduqué, plus grands sont les risques. Pour l’éducation, la culture, les affaires sociales, c’est un dossier crucial. Il exige de l’inventivité.

(1) « L’Internet de la haine. Racistes, antisémites, néonazis, intégristes, islamistes, terroristes et homophobes à l’assaut du Web », de Marc Knobel, Berg International, 184 pages, 14 euros.

Le Débat sur la Prévention de la Haine (Newsring)

Dire que ce livre n’a plus de toxicité est une erreur de jugement

30 mai 2012, 17:46

Notre collectif, Initiative de prévention de la haine, existe depuis près d’un an. Cette réflexion commune est  d’abord une prise de conscience du fait qu’un des ouvrages qui a contribué à tuer le plus de personnes en un même espace temps, tombera dans le domaine public du droit d’auteur fin 2015. 70 ans après la fin du conflit mondial, cela correspond aussi à la fin de la survivance des témoins directs de ce conflit. Aujourd’hui, il est temps de se demander : et maintenant, on fait quoi ? Quelle est la position à tenir, peut on se permettre de rester inerte, ou nous incombe-t-il de réagir afin de négocier le virage délicat de histoire contemporaine dans l’Histoire avec un grand «H»?

Si  «Mein Kampf» est diffusé, et il puisqu’il est – de fait -diffusé, à l’heure de l’Internet, autant qu’il le soit d’une manière éducative, encadrée, pédagogique sans pour autant qu’il n’y ait de censure. «Mein Kampf» est un document essentiel, un fait de l’histoire et de la propagande meurtrière.

Inspiration actuelle racisme, du néo nazisme,de l’antisionisme, de l’apologie des castes, des théories homophobes ou de la théorie de la grande Turquie (où il a été un best-seller en 2005), ce livre conserve une symbolique forte et une évoque encore à juste titre une toxicité. Il reste un must du kit du militant raciste. On a peine à croire que ce livre en tant que tel puisse être meurtrier mais on sait qu’il fait partie de l’attirail et de la conviction d’une certaine propagande pour  tenter d’expliquer qu’il y aurait des races supérieures. Très près de nous, ce livre, on le sait était une source d’inspiration centrale du livre d’Anders Behring Breivick, «2083».

Ce que le massacreur d’Oslo a voulu faire, c’est bien de reproduire ce qu’a fait Hitler dans la diffusion et le contenu de «Mein Kampf» pour justifier son crime. Dans la chambrée du tueur d’Oklahoma City, vous trouvez le livre «Mein Kampf». J’ai vu un documentaire sur un mineur de 14 ans qui a tué 19 personnes en France il y a quatre ans, dans sa chambre, on a retrouvé une passion pour le Reich, l’armée et pour «Mein Kampf». Dire que ce livre n’a plus de toxicité est une erreur de jugement.  

Comment encadrer la diffusion d’un tel livre à l’époque d’Internet ? On fait comme on a toujours su faire avec les contenus de loisir. Il existe des signalétiques, des labels pour d’autres produits, comme les jeux vidéo par exemple. L’idée, ce n’est pas d’interdire la vente mais de prévenir avant l’achat, avec une signalétique efficace. Non pas par une loi obligatoire mais par l’effet d’une autorégulation.  Pour le jeu vidéo par exemple, ce sont les éditeurs qui se sont mis d’accord, c’est l’exemple du collectif PEGIi. Quand on accède du contenu, on est en droit d’être prévenu à l’avance de ce que ce contenu est ou représente, cela fait partie du droit à l’information préalable.

Nous avons émis cinq propositions : 

    un texte comme celui-ci, et peut-être d’autres, mérite une édition critique à la disposition du plus grand nombre, comme c’est déjà le cas en France. Et cela n’a pas fait polémique. Il doit être l’objet d’un avertissement d’origine européenne. L’Europe est capable de se mettre d’accord sur le taux de gras dans le camembert, il est dommage qu’elle ne le soit pas sur le fait que «Mein Kampf» est une contre-valeur de l’Europe ; Le Land de Bavière, actuel titulaire des droits d’auteur de «Mein Kampf»,  vient  tout justede se ranger à cette première proposition de l’Initiative de Prévention de la Haine.
  • la deuxième demande est l’idée de mettre un petit logo en exergue qui indiquerait : «Attention, ce texte a entrainé des crimes de masse», cela pourrait s’appliquer aux «Carnets de Turner» ou au livre de Breivik, pour ne citer qu’eux ;
  • la troisième ligne directrice serait un logo à disposition des éditeurs de sites internet ou de forums qui rejettent l’appel à la haine.  Cette signalétique préviendrait :  «Sur mon site internet, Site uni contre la haine», c’est un choix de responsabilité de chaque opérateur en ligne qui fait un tel choix, ce qui valorisera la modération si souvent absente du web qui lui est accédé par tant de personnes, tant de mineurs aussi ;
  • la quatrième idée a été soufflée par d’Olivier Orban qui était éditeur chez Plon. Il a déclaré lors du Forum de Prévention de la Haine du 11 octobre 2011 en substance que  : «Moi, ça me gênerait que ma version Plon de «Mein Kampf» soit un best-seller et que je fasse de l’argent avec.» D’abord, ce ne serait pas «Mein Kampf» qui serait un best-seller en 2016, mais la critique de «Mein Kampf». Ensuite, si la critique de «Mein Kampf» est un best-seller, moi, ça me paraît très bien. Quant au profit, que les éditeurs, dans un souci éducatif, renoncent à faire du sur-profit sur une éducation contre la haine, cela serait effectivement salutaire.
  • le fait d’installer à peu de frais un observatoire de prévention de la haine est la cinquième proposition. À peu de frais, cela veut dire qu’il soit un think tank, une initiative, comme un réseau d’experts qui permettrait d’obtenir rapidement sur une question donnée une réflexion commune. un tel rassemblement de réflexions aurait vocation à ne pas se cantonner à l’hexagone.L’Initiative de prévention de la haine est un projet éducatif, qui a pour but de parler à la masse de ceux qui doutent ou de ceux qui ne savent pas. L’idée n’est pas de convaincre les militants convaincus que «Mein Kampf» est un livre formidable, ils existeront toujours. Mais les autres, qui auront de moins en moins accès à l’histoire contemporaine comme nous nous y avons eu accès par nos parents, grands-parents à la table du déjeuner le dimanche, et qui nous rappelaient leur vécu des années de guerre, les générations futures n’auront pas ce même accès. L’histoire est un élément fragile, qui se travestit, se transforme, ou peut être édulcoré. 

    Nous recommandons in fine que cette signalétique se conçoive comme un geste d’éducation :avec le concours des écoles, les professeurs et les élèves concernés, qu’elle soit choisie par eux plutôt qu’imposée par d’autres. L’Europe que nous connaissons aujourd’hui est une reconstruction qui s’est faite contre ce que «Mein Kampf» met en œuvre. Laissez-nous croire que cette Europe existe et qu’elle n’est pas celle de la promotion d’idées qui peu ou proue rejoignent celles de «Mein Kampf».  D’où notre volonté de faire acte de reveil des esprits, avant qu’il ne soit trop tard et que la dilution dans le domaine public n’ait accompli son œuvre de banalisation du mal.

    Pour en savoir plus.

    http://www.newsring.fr/societe/743-pour-ou-contre-la-reedition-de-mein-kampf/11820-dire-que-ce-livre-na-plus-de-toxicite-est-une-erreur-de-jugement

    Grèce: le parti néo-nazi ordonne aux journalistes de se lever pour accueillir son Président

    Grèce: le parti néo-nazi ordonne aux journalistes de se lever pour accueillir son Président -

    Le HuffPost avec AFP  |  Par

    Publication: 09/05/2012 16:49 Mis à jour: 10/05/2012 16:26

    » Législatives en Grèce: les partis pro-austérité s’effondrent, l’extrême droite néo-nazie et la gauche radicale s’envolent

    Quelques minutes auparavant, le service d’ordre avait ordonné à un parterre de journalistes incrédules de se lever à l’arrivée de Nikolaos Mihaloliakos, affublé du sobriquet de « Führer » par la presse grecque. « Levez-vous, montrez votre respect…tout le monde debout », intimait un jeune homme vêtu de noir à l’entrée du chef de file d’Aube Dorée.

    « Vous pouvez partir si vous voulez, ne vous seriez-vous pas levé pour Papandreou [le président du Parti socialiste grec, ndlr] ou Samaras [le Président du parti conservateur Nouvelle Démocratie]? », répondait Nikolaos Mihaloliakos aux journalistes qui s’indignaient.

    Regardez l’incident et l’ensemble de la conférence de presse:

    Discours de Nikólaos Michaloliákos, président du… par cbknikII

    Entouré d’une quinzaine de jeunes cerbères à l’air sévère et débarassé des journalistes qui n’avaient pas souhaité se lever pour l’accueillir, le dirigeant du groupe néonazi pouvait dérouler son discours xénophobe et nationaliste. « L’heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie », a-t-il menacé lors de cette conférence de presse donnée dans un hôtel d’Athènes, nous arrivons ». Nikolaos Mihaloliakos, 55 ans, a aussi cité Jules César en lançant: « Veni, Vidi, Vici ».

    Il a ensuite affirmé, avec la faconde habituelle des partis les plus à droite de l’extrême-droite, que son groupe allait lutter contre les « usuriers mondiaux » et « l’esclavage » imposé selon lui au pays par l’UE et le FMI, dénonçant « la presse jaune » et annonçant la lutte de son parti « dans et en-dehors » du parlement.

    A son arrivée à la conférence de presse, il avait déjà pris à partie les journalistes étrangers présents, les accusant de répandre des mensonges sur son mouvement, qui a mis en sourdine ces derniers mois ses références directement hitlériennes au profit d’une sorte de national-socialisme à la grecque. « La Grèce n’est que le commencement », avait-il crié dans leur direction.

    « Agissant comme des videurs, ils ont montré leur vrai visage »

    « La Fédération grecque des journalistes (POESY) met en garde les nostalgiques d’Hitler, et notamment les ‘jeunes hommes courageux en t-shirts noirs’, qu’aucun journaliste ne sera contraint, menacé et surtout pas terrorisé », a réagi l’association dans un communiqué. « Agissant comme des videurs, ils ont montré leur vrai visage. Nous n’avons pas peur de vous. Nous allons révéler votre rôle, nous n’allons pas vous laisser faire », écrit de son côté l’Union des journalistes d’Athènes.

    Un climat délétère déjà illustré avant le scrutin par les menaces proférées sur le site Internet du parti néo-nazi à l’encontre de Xenia Kounalaki, journaliste pour le titre de référence de la presse grecque, Kathimerini. Dans un billet d’opinion publié en avril, elle avait qualifié les membres d’Aube Dorée de « brutes nazies » et affirmait que selon elle, le parti n’aurait pas dû être autorisé à participer au scrutin législatif.

    » Lisez le reportage du Huffington Post à Athènes avant les élections législatives: le parti néonazi Chryssi Avgi séduit de plus en plus

    « L’objectif: pousser les journalistes à les laisser tranquilles »

    « La réponse de Chryssi Avgi ne s’est pas fait attendre, écrit EurActiv.fr, un article de 2500 mots révélant de nombreux détails de la vie personnelle et professionnelle de Mme Kounalaki et mentionnant sa fille sans raison apparente a été publié sur le site Internet du parti. ‘Kommt Zeit, kommt Rat, kommt Attentat!’, a écrit l’auteur anonyme de cet article. Toute personne comprenant l’allemand, comme Mme Kounalaki (née à Hambourg), sait qu’il s’agit d’une menace de mort à peine dissimulée. »

    « Je ne pense pas qu’ils se montreront violents avec moi physiquement et je n’ai pas peur d’eux. Mais le fait que bon nombre de mes amis et collègues, et même la police grecque, m’aient conseillé d’arrêter d’écrire des articles contre eux pour l’instant est une première victoire pour les membres de Chryssi Avgi. C’est l’objectif de leur campagne de peur. Pousser les journalistes à les laisser tranquilles et à écrire sur d’autres sujets », a expliqué la journaliste à EurActiv.

    Cet ex-groupuscule semi-clandestin aux méthodes notoirement violentes et aux thèses racistes et antiparlementaires a obtenu 21 députés sur 300 au parlement grec, avec 6,97% des voix.

    Le parti Aube Dorée en images:

    Aube Dorée

     
     

    1 sur 6

    Des militants

    Criminaliser l’accès à certains sites web a ses limites

    http://www.huffingtonpost.fr/philippe-coen/criminaliser-sites-haines-limites_b_1502932.html

    france

    Avocat, fondateur de l’Initiative de prévention de la haine

    10 mai 2012

    Le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur la criminalisation de l’accès aux sites de haine et celui du Land de Bavière sur une édition annotée de Mein Kampf ont plusieurs limites.

    Les douze mois qui précèdent auront décidément scellé la fin des tabous de la haine raciste et antisémite, de Lars Van Triers à Galliano, de Oslo à Toulouse de la vidéo de Fofana en prison aux récidives de langage du parfumeur Guerlain etc. etc. Cette accélération de haine en libération intervient à l’abord de la fin de la survivance des témoins directs de la seconde guerre mondiale et correspond aussi à la fin de la persistance des droits d’auteurs sur Mein Kampf d’Adolf Hitler, expirant en 2015 (70 ans après sa mort).

    Pour y répondre, un des derniers projets du quinquennat de Nicolas Sarkozy, a été de « punir pénalement » toute personne « qui consulterait de manière inhabituelle des sites Internet qui font l’apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence ». Par delà les problèmes posés par une proposition faite « à chaud », dans l’émotion causée par l’assassinat de sept innocents à Toulouse, le président a eu le mérite d’interroger un facteur relativement nouveau et mal maîtrisé: la diffusion et la réception des contenus de haine sur Internet.

    Le réseau mondial est devenu un gigantesque dépositaire de contenus racistes et antisémites. L’exemple de Mohamed Merah montre comment des individus isolés peuvent être radicalisés par la consultation de sites égosillés de haine. Or, l’intérêt pour la haine de l’autre n’est pas nécessairement démonstratif de la haine que l’on porte. La volonté fantasmagorique du contrôle de cet archipel capillaire est, il faut le reconnaître, très difficile et probablement vain.

    Mise en œuvre, la proposition de Nicolas Sarkozy risquerait de pénaliser ceux qui s’intéressent au phénomène de l’extrémisme sans être perméable à leurs logiques de destruction sans compter les nombreux chercheurs, journalistes, étudiants qui travaillent sur ces questions. Il faudrait alors donner des autorisations de consultations à des personnes qualifiées, ce qui est bien sûr irréalisable et reviendrait à constituer l’équivalent des index des bibliothèques auxquels seuls des lecteurs choisis pouvaient accéder. L’Internet est un réseau ouvert, mouvant, aux contours incertains. Une législation uniquement française s’avérerait impuissante et une législation internationale utopiste. La question de la simple liberté de lecture et de téléchargement de contenus se poserait très vite, au regard des lois françaises et des directives européennes. Quant à une censure pure et simple des contenus, elle est inenvisageable en démocratie du fait même de l’architecture de l’Internet.

    Face à ces difficultés mais aussi à la nécessité pressante d’agir, le cas électrochoc Mohamed Merah nous appelle à inventer des propositions praticables. Mein Kampf (toujours best-seller formidablement diffusé en ligne) en est un exemple emblématique surtout dans le contexte de son arrivée dans le domaine public en 2016. Cette réflexion a fait l’objet d’une initiative de fond d’origine française récente qui rassemble, entre autres, des juristes, des historiens, et des acteurs de l’Internet. L’Initiative de pévention de haine (consultable ici) propose des mesures pour encourager, par voie d’auto régulation, les opérateurs et les éditeurs papier et Internet à utiliser une signalétique (logo) et un appareil critique, distinguant ainsi par la négative ceux qui par extrémisme feraient le choix d’ignorer la mise à distance critique de la haine.

    La création d’un Observatoire de prévention de la haine, constitué par un réseau informel d’experts, sera nécessaire pour réfléchir en continu au processus de signalétique. La proposition de réprimer « par un délit figurant dans le Code pénal avec les moyens qui sont déjà ceux de la lutte anti-terroriste » est un encouragement à développer des techniques de contournement et son caractère préventif est bien illusoire et laisse sceptique sur son efficacité.

    La proposition alternative à la pénalisation de l’accès haineux est d’aider au discernement et au balisage en ligne plutôt que l’épouvantail improbable du cyber gendarme.

    Le Land de Bavière reste quant à lui titulaire des droits d’auteur de Mein Kampf jusqu’en fin 2015 après quoi seul le droit moral du droit d’auteur restera entre ses mains. L’Initiative de prévention de la haine a fait partie des forces qui ont permis de convaincre le Land de Bavière pour réformer son approche à 180 degrés et qu’il annonce tout récemment son projet de publier un version annotée de Mein Kampf. Pourtant les méfaits de la théorie hyper diffusée d’Hitler dépassent largement la région munichoise.

    A l’instar du projet de criminalisation de l’accès aux sites de haine proposé par Nicolas Sarkozy, le projet du land de Bavière s’en tient à une idée locale, non concertée, difficilement transposable, sans réflexion transfrontière, pour un défi en ligne qui lui reste solidement global et qui nécessite l’implication des opérateurs de l’internet responsable, à commencer par les moteurs de recherche, porte d’entrée vers la différenciation entre l’éducatif et le haineux.

    http://www.huffingtonpost.fr/philippe-coen/criminaliser-sites-haines-limites_b_1502932.html

    Tribune parue dans Libération : ‘Au-secours « Mein Kampf » revient !’

     

    Par Philippe Coen, Fabrice d’Almeida Professeur à Paris-II, directeur littéraire des éditions Fayard et  Marc Mossé Directeur des affaires juridiques et publiques de Microsoft France

    Premier janvier 2016, Mein Kampf est dans le domaine public. A l’aube de 2016, il faudra se dire que cet ouvrage de propagande d’une puissance historique singulière, sera alors libre de droits. Il pourra être diffusé sans bornes. La Bavière, titulaire des droits de Mein Kampf jusque-là vient de réaliser le besoin de «faire comprendre» par opposition au «faire interdire». Mais ce ne peut être l’affaire d’une réponse isolée, d’une seule région d’Allemagne. C’est l’affaire de tous. Certains…

    suite sur : http://www.liberation.fr/societe/2012/05/07/au-secours-mein-kampf-revient_817067

    Lu en presse : « DÉGRADATIONS DE TOMBES MUSULMANES DANS UN CIMETIÈRE PRÈS DE NICE (France) »

    30/04/2012 – Des tombes, notamment celles de harkis, et un mur du carré musulman du cimetière de Carros (Alpes-Maritimes) ont été dégradés par des inscriptions à caractère raciste et politique, a-t-on appris lundi auprès du parquet de Grasse et du maire de cette commune proche de Nice.

    Des croix gammées à l’envers ont été retrouvées sur neuf tombes musulmanes et les inscriptions « Arabe dehor » (sic) et « Vive Le Pen » ont été tracées à la bombe rose fluo sur un mur du carré musulman, a précisé à l’AFP le procureur de la République de Grasse, Jean-Michel Cailliau.

    « C’est la première fois que ça arrive sur notre commune », a réagi le maire (PS) Antoine Damiani, disant sa « stupéfaction » et sa « colère ». La mairie entend porter plainte, selon lui.

    Le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants Marc Laffineur s’est rendu sur place dans l’après-midi, qualifiant ces dégradations d’ »intolérables ».

    « S’attaquer à la tombe d’anciens combattants, c’est s’attaquer à la France, c’est méconnaître l’histoire des harkis qui (lui) ont tant apporté », a-t-il déclaré après s’être recueilli devant les sépultures dégradées.

    « Mon père aimait la France, a témoigné Georges Messaoud, fils d’un harki dont la tombe a été dégradée. Après son décès l’an dernier, cette profanation, c’est une souffrance supplémentaire. »

    Au premier tour de l’élection présidentielle, la candidate du FN, Marine Le Pen, est arrivée en tête du scrutin, avec 27,12% des voix, devant ceux de l’UMP (26,97%) et du PS (22,27%), dans cette commune socialiste de 11.000 habitants qui ne connaît pas de tensions particulières.

    Interrogée par l’AFP, Lydia Schénardi, secrétaire départementale du FN, s’est dite « choquée » par les faits. Elle a estimé que ce ne pouvait être « l’oeuvre de gens du FN car ce serait vraiment stupide de notre part de faire quelque chose qui ne peut que nous porter préjudice » alors que le parti « devient respectable » et est « sollicité par les deux candidats en lice » au second tour de la présidentielle.

    « Ca peut être (l’oeuvre de) jeunes de banlieue, ça peut être télécommandé par des candidats ou des élus qui essayent de jeter l’opprobre sur le FN… », a-t-elle avancé.

    Le PCF départemental a qualifié ces actes d’ »odieux, infâmes et racistes », tandis que la fédération départementale PS estimait qu’ils étaient « les symptômes du climat pourri de cette fin de campagne présidentielle ».

    Eric Ciotti et Christian Estrosi, députés UMP des Alpes-Maritimes, ont également fermement condamné ces dégradations. « De tels actes ne sont pas rattachables au contexte politique » actuel, a cependant estimé M. Ciotti.

    Joint par l’AFP, Abdallah Zekri, président de l’Observatoire contre l’islamophobie, rattaché au Conseil français du culte musulman, a « déploré » des « actes lâches portant atteinte au vivre ensemble », tandis que SOS Racisme a exigé que tout soit « mis en oeuvre pour retrouver les auteurs de ces actes odieux » et dénoncé « la stigmatisation récurrente de la communauté musulmane et le climat de violence entretenu volontairement dans le débat présidentiel par de nombreux responsables politiques, propices à de tels passages à l’acte ».

    L’enquête pour « violation de sépultures avec la circonstance aggravante qu’une communauté est visée en raison de son origine ethnique et de sa religion » a été confiée à la gendarmerie. Le ou les auteurs des faits encourent cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.
    © Nouvel Observateur

    Lu en presse : « AUXERRE : LE PROCÈS DES KEBABS DEVANT LES ASSISES (France) »

    Une vingtaine de personnes comparaissent devant la cour d’assises des mineurs à partir de vendredi 4 mai 2012. Par B.L.

    04/05/2012 – Les prévenus, qui appartenaient à un groupuscule néo-nazi, sont accusés d’avoir incendié plusieurs restaurants de kebabs à Auxerre et dans les environs. Leur procès devrait durer 15 jours.

    Les faits se sont produits entre 2004 et 2006. Une vingtaine de commerces, dont les gérants étaient d’origine maghrébine ou turque, ont été touchés par des incendies. « Il s’agit de victimes qui sont en France depuis extrêmement longtemps, qui ont vu leur outil de travail disparaître en un instant et qui sont encore traumatisées après toutes ces années », relate Véronique Lyand, l’avocate de deux parties civiles.

    Une vingtaine de prévenus vont devoir s’expliquer devant la justice. Certains d’entre eux étaient mineurs quand les incendies ont été commis. « Ce sont des faits qui sont l’œuvre d’une immaturité, d’une réflexion peu ellaborée et d’une connaissance politique qui est de l’ordre de zéro. Ce sont des gens qui n’intégrent pas ce qui est le racisme », déclare Bernard Revest, l’avocat de l’un des accusés. Plusieurs d’entre eux ont déjà été condamnés en novembre 2011 dans une autre affaire de racisme, où ils avaient agressé deux jeunes Maghrébins.
    © France 3

    L’Initiative réagit vis a vis du projet de publication du Land de Bavière

    « source: AFP

    En Allemagne la communauté juive salue une réédition critique de Mein Kampf

    Une version polonaise de Mein Kampf

    Une version polonaise de Mein Kampf (Photo Piotr Logwin. Reuters)

    La communauté juive allemande a salué ce mercredi la décision «responsable» des autorités de rééditer «Mein Kampf» pour la première fois depuis la chute du régime nazi alors que l’Allemagne brise peu à peu le tabou autour d’Hitler.

    Le ministère des Finances de la Bavière, qui détient les droits d’auteur sur le pamphlet d’Adolf Hitler, a annoncé mardi qu’il allait publier à nouveau l’ouvrage en 2015 juste avant qu’il ne tombe dans le domaine public.

    «Mon Combat» sera annoté de commentaires d’historiens qui ont déjà entamé leurs travaux. Une édition en anglais, un livre électronique et un livre audio sont également à l’étude, selon la presse.

    Une édition destinée aux écoles pourrait également voir le jour, selon les responsables bavarois, qui vont mettre 500 000 euros sur la table pour ce projet.

    Le président du Conseil central des juifs d’Allemagne, Dieter Graumann, a assuré qu’il s’agissait d’«une bonne idée».

    Version d’Etat

    «S’il doit être réédité, je préfère qu’il le soit dans une version de l’Etat régional (Land) de Bavière avec des commentaires de personnes compétentes plutôt que de voir (certains) faire de l’argent avec les nazis», a-t-il indiqué.

    L’antenne berlinoise de l’American Jewish Committee, Deidre Berger, a toutefois averti qu’il ne fallait pas «sous-estimer le danger potentiel» représenté par ce livre.

    «Mon Combat», rédigé par le Führer pendant un séjour en prison en 1924 après une tentative de putsch, n’est pas interdit par la loi allemande.

    Mais depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le ministère des Finances du Land de Bavière détient les droits sur cet ouvrage qui esquisse l’idéologie du nazisme et comporte des éléments autobiographiques.

    Groupes néonazis

    Et il veille strictement à ce qu’il ne soit pas réédité pour éviter leur exploitation éventuelle par des groupes néonazis.

    Mais ces droits d’auteur, qui lui ont été confiés par les Alliés à la fin de la guerre, tomberont dans le domaine public fin 2015, 70 ans après le suicide d’Adolf Hitler.

    «Nous pensons que nous allons contribuer à démystifier ce livre» en le rééditant, a expliqué Thomas Neumann, le porte-parole du ministère.

    Les historiens, qui ont lu «Mein Kampf», insistent sur la piètre qualité d’un texte confus et ennuyeux.

    «Le mieux, selon moi, serait que ce livre ne soit pas lu du tout», souligne en outre M. Graumann. Mais «il y a internet, il y a la date de 2015».

    Sur des sites marchands, en quelques clics, il est en effet possible d’acquérir l’ouvrage en anglais ou même une édition originale de 1936 à 170 euros ou reliée en cuir pour 180 euros.

    Quelque 10 millions d’exemplaires en allemand ont été édités jusqu’en 1945, selon l’historien Ian Kershaw, ce qui signifie que de nombreux exemplaires sont encore aujourd’hui en circulation.

    Cadeau de mariage

    «Mein Kampf», qui devint à partir de 1936 le cadeau de mariage de l’Etat aux couples allemands, est également consultable sur certains sites internet.

    Or le fondateur de l’initiative de Prévention de la haine en France, Philippe Coen regrette que la Bavière ne s’attaque pas vraiment à ce problème.

    «Il faudrait aider les opérateurs internet qu’ils soient éditeurs ou moteurs de recherche à faire ce qu’on fait avec les jeux vidéos avec une signalétique avertissant d’un contenu dangereux», selon lui.

    La décision de la Bavière montre toutefois que le débat autour d’Hitler a «perdu de son caractère tabou par rapport aux années 50 ou 60», souligne Daniel Eck qui a étudié la façon dont l’Allemagne se confronte à son passé.

    Le regard de la société allemande évolue également. S’il ne se passe pas une semaine sans que la télévision ne diffuse un documentaire sur le Troisième Reich, le cinéma, par exemple, a tenté une nouvelle approche. Le film «La Chute», qui raconte les derniers jours d’Hitler par exemple, avait attiré plus de 4,5 millions d’Allemands dans les salles obscures en 2004.

    (AFP)

    Autriche: abandon des poursuites pour le « Schnaps » à l’effigie d’Hitler

    La justice autrichienne a abandonné les poursuites contre un fournisseur de vins et d’eaux-de-vie (« Schnaps ») qui vendait des bouteilles ornées d’étiquettes à l’effigie d’Hitler, a annoncé jeudi le parquet de Feldkirch (ouest).

    Le parquet n’a pas pu prouver que Roland Marte, un commerçant de la région du Vorarlberg qui promettait sur son site internet « des bouteilles d’anciens grands personnages historiques », tentait de glorifier les nazis par cette action, a indiqué un porte-parole, Heinz Rusch.

    L’intéressé, qui a arrêté de commercialiser ces bouteilles dès le début de l’enquête début décembre, pensait simplement qu’il s’agissait d’une bonne idée pour le commerce, a ajouté M. Rusch.

    © AFP 2010

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    « Mein Kampf » dans le domaine public: les candidats à l’Elysée interpellés

     27/01/2012 19h37 – EDITION-NAZISME-FRANCE2012-PRÉSIDENTIELLE – Monde (FRS) – AFP

    PARIS, 27 janvier 2012 (AFP) – Des juristes, historiens ou éditeurs ont interpellé vendredi les candidats à la présidentielle pour qu’ils s’engagent notamment en faveur d’une « signalétique » pédagogique accompagnant la diffusion de « Mein Kampf », qui tombera dans le domaine public en 2016.

    L’ »Initiative de Prévention de la Haine », qui mobilise divers spécialistes (avocats, juristes, historiens, philosophes, éditeurs…) à l’instigation du juriste Philippe Coen, a envoyé une lettre aux candidats.

    Ces personnalités leur rappellent qu’en 2016, 70 ans après la mort de l’auteur, le texte de « Mein Kampf » tombera dans le domaine public, ce qui « ouvrira la voie à une encore plus large, incontrôlable et redoutable diffusion », et préconisent « cinq premières propositions ».

    Ils proposent notamment d’ »encourager les éditeurs en ligne et papier à offrir une introduction critique et pédagogique au devant de textes incitatifs aux crimes tels que +Mein Kampf+ » et « à utiliser une signalétique (logo) indiquant que le contenu de l’ouvrage consiste en un discours de haine incitant au crime et à la discrimination raciale ».

    Ils demandant à chaque candidat de s’ »engager de manière publique dans ce combat » et de donner sa « position » sur ce sujet, jugeant que celui-ci « mérite d’être inscrit plus largement dans le débat public, et tout particulièrement dans le cadre de la campagne présidentielle et du futur quinquennat ».

    Le livre d’Adolf Hitler, qui véhicule haine raciale et idées nazies, circule déjà dans de nombreuses parties du monde, mais il reste interdit en Allemagne et en Autriche. Seul le Land de Bavière (dernière résidence d’Hitler en date) est propriétaire des droits.

    La justice allemande a estimé mercredi que la démarche de l’éditeur britannique Peter McGee, qui voulait republier des extraits du livre en Allemagne pour la première fois depuis 1945, était contraire au respect du droit d’auteur.

    slb/fa/ct
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